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Honoraires et facturation
37 min de lecture

Provision sur honoraires d'avocat : montant, facture et comptabilité

Par Frédéric Courquin — Fondateur

Provision sur honoraires d'avocat : montant raisonnable, demande, TVA, comptabilité et restitution du solde. Modèle commenté à adapter dès aujourd'hui.

Demande de provision sur honoraires d'avocat posée sur un bureau de cabinet, à côté d'un ordinateur affichant le suivi de facturation par dossier
Sommaire

Un avocat peut demander à son client une provision à valoir sur ses frais et honoraires dès qu'il accepte le dossier. Son montant ne doit pas dépasser une estimation raisonnable des honoraires et des débours probables. La provision s'impute ensuite sur la facture finale, et le surplus éventuel revient au client.

La règle tient en trois lignes. Son application touche pourtant la déontologie, la facturation, la TVA et la comptabilité du cabinet. Une provision trop lourde nourrit les contestations. Une provision mal suivie se perd dans la trésorerie. Une provision jamais demandée laisse le cabinet financer seul le dossier, avec un risque d'impayé que le recouvrement des honoraires impayés ne rattrape pas toujours.

Ce guide reprend chaque étape avec ses références : fixer le montant, demander et encaisser la provision, la comptabiliser, puis l'imputer ou la restituer. Il propose un modèle commenté de demande de provision et une méthode de suivi par dossier. Tout commence par la définition qu'en donnent les textes.

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Qu'est-ce qu'une provision sur honoraires d'avocat ?

La provision est une somme versée d'avance par le client, à valoir sur les frais et honoraires de son avocat. Ce n'est pas un honoraire définitivement acquis. Elle se déduit de la note finale, une fois les diligences accomplies et chiffrées.

Une faculté prévue par la déontologie

L'article 11.6 du Règlement intérieur national de la profession d'avocat pose le principe. L'avocat qui accepte la charge d'un dossier peut demander à son client le versement préalable d'une provision. Cette provision porte sur ses frais et sur ses honoraires.

Le même article fixe la limite. La provision ne peut dépasser « une estimation raisonnable des honoraires et des débours probables » entraînés par le dossier. La règle figure aussi à l'article 11 du décret n° 2023-552 du 30 juin 2023 portant code de déontologie des avocats.

Ce décret est en vigueur depuis le 3 juillet 2023. Il a remplacé le décret du 12 juillet 2005, désormais abrogé. L'article 11.6 du RIN renvoie pourtant encore à ce texte. Une convention ou une demande de provision qui le vise mérite d'être mise à jour.

Il s'agit d'une faculté, pas d'une obligation : le RIN dit que l'avocat « peut » demander une provision. C'est un choix de gestion propre à chaque cabinet, et parfois à chaque dossier.

Une avance, et non une rémunération acquise

La provision anticipe des honoraires qui ne sont pas encore dus. Leur montant définitif dépend des diligences réellement accomplies, selon la convention conclue avec le client.

Deux règles le confirment. L'article 11.1 du RIN impose d'informer le client des modalités de détermination des honoraires, puis de l'évolution de leur montant. L'article 11.7 du RIN impose ensuite un compte détaillé avant tout règlement définitif. Ce compte mentionne les sommes reçues à titre de provision.

La provision est donc une étape du compte entre l'avocat et son client. Elle n'en est jamais le solde.

Ce que la provision n'est pas

La provision ne se confond pas avec les fonds que l'avocat manie pour le compte de son client. Ces fonds, reçus de manière accessoire à une opération juridique ou judiciaire, doivent être déposés sans délai à la CARPA, selon l'article 6.2 du RIN.

Elle ne se confond pas non plus avec les débours. Une partie de la provision peut servir à régler une dépense pour le compte du client, un droit ou une taxe par exemple. Cette partie suit le régime des débours. Elle ne rémunère pas l'avocat.

Elle ne se confond pas, enfin, avec l'honoraire de résultat. Ce complément dépend d'une issue encore inconnue au moment où la provision est demandée.

Quel montant demander à titre de provision ?

Le montant correspond à une estimation raisonnable des honoraires et débours probables du dossier. Aucun barème ni pourcentage n'est fixé par les textes. Tout repose sur la qualité de l'estimation initiale.

La seule limite posée par les textes

La notion d'estimation raisonnable s'apprécie au cas par cas. Elle se mesure au dossier : sa difficulté, sa durée prévisible, les débours à prévoir.

En cas de contestation, c'est le bâtonnier qui apprécie les honoraires au regard des diligences accomplies. Une provision sans rapport avec le travail prévisible place alors le cabinet en position défensive.

Partir de l'estimation du dossier

La provision découle du mode de rémunération prévu par la convention.

  • Au temps passé : multipliez le nombre d'heures prévues pour la phase par le taux horaire convenu, puis ajoutez les débours attendus.
  • Au forfait : le forfait convenu sert d'estimation. Le demander par fractions, étape par étape, limite les discussions si la mission s'interrompt.
  • Avec un honoraire de résultat : calculez la provision sur la seule part fixe, puisque le résultat reste incertain.

Cette estimation doit pouvoir s'expliquer au client en quelques phrases. Si elle ne s'explique pas, elle sera difficile à défendre.

Fractionner : une provision par phase

Une procédure se découpe naturellement en étapes : analyse et mise en état, audience, appel éventuel, exécution. Une provision par phase colle mieux au travail réellement prévisible qu'une somme globale demandée au premier rendez-vous.

Ce découpage sert aussi l'obligation d'information. Chaque nouvelle demande devient l'occasion de faire le point avec le client sur l'avancement du dossier et sur le coût engagé.

Le dossier prud'homal provisionné jusqu'en appel

Un schéma revient souvent en droit du travail. Un salarié confie son dossier, et l'avocat demande d'emblée une provision couvrant la première instance et l'appel. Le client verse la somme, parfois avec difficulté.

Le dossier se règle par un accord quelques mois plus tard. Le client demande alors le remboursement de ce qui n'a pas servi. L'avocat doit reconstituer ses diligences pour justifier ce qu'il conserve. Une provision limitée à la première phase aurait évité la discussion.

Les dossiers prud'homaux figurent d'ailleurs en tête des litiges d'honoraires portés devant le médiateur. D'après le rapport d'activité 2025 du médiateur de la consommation (Conseil national des barreaux), ils représentaient 79 saisines recevables en 2025. Venaient ensuite les affaires familiales, avec 68 saisines. Ces chiffres couvrent tous les litiges d'honoraires, pas les seules provisions. Ils indiquent où la vigilance sur le montant demandé est la plus utile.

Source : Conseil national des barreaux, rapport d'activité 2025 du médiateur de la consommation

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Demander et encaisser la provision

La demande de provision n'obéit à aucune forme imposée par le RIN. Un écrit daté et précis reste pourtant la meilleure protection, pour le client comme pour le cabinet.

Annoncer la provision dès la convention d'honoraires

La convention d'honoraires écrite est obligatoire (article 11.2 du RIN). Les exceptions sont l'urgence, la force majeure, l'aide juridictionnelle totale et la troisième partie de la loi du 10 juillet 1991. Y prévoir le principe des provisions, leur rythme et leur imputation évite toute surprise au moment de la première demande.

Le Conseil national des barreaux met des modèles de conventions à la disposition de la profession. Ils ont été actualisés le 13 avril 2026. La mise à jour intègre notamment les modes amiables, de nouveaux débours et le nom de la nouvelle médiatrice de la consommation.

Modèle commenté de demande de provision

Le modèle ci-dessous suit l'ordre de lecture d'une demande de provision. Chaque bloc est commenté : son contenu, sa raison d'être, le point de vigilance. Les champs entre crochets sont à compléter. Aucun exemple n'est rempli avec des données réelles.

Bloc 1 : l'objet et la référence

Contenu : Objet : demande de provision n° [numéro] , dossier [référence interne neutre].

Pourquoi : une numérotation des demandes permet de les rapprocher ensuite des encaissements et de la note finale.

Vigilance : la référence reste neutre. Elle ne révèle ni l'adversaire ni la nature du litige.

Bloc 2 : le rappel de la convention

Contenu : Conformément à la convention signée le [date], je vous remercie de bien vouloir verser une provision à valoir sur mes frais et honoraires.

Pourquoi : le rappel de la convention rattache la demande à l'accord déjà conclu, et non à une décision unilatérale.

Vigilance : si la convention ne prévoit pas de provision, mieux vaut l'expliquer au client avant d'envoyer la demande.

Bloc 3 : le montant et ce qu'il couvre

Contenu : Montant : [montant] € HT, soit [montant] € TTC. Cette provision couvre la phase suivante : [description générique de la phase], estimée à [nombre] heures au taux de [taux] € HT, ainsi que les débours prévisibles : [nature générique et montant].

Pourquoi : le détail montre que la somme reste dans les limites d'une estimation raisonnable.

Vigilance : indiquez toujours le montant hors taxes et toutes taxes comprises. Le médiateur de la consommation relève que l'absence de mention claire de la TVA est une source fréquente de différends.

Bloc 4 : les modalités de paiement

Contenu : Règlement attendu avant le [date], par [virement sur le compte du cabinet, chèque, carte bancaire]. Coordonnées bancaires : [RIB du compte professionnel].

Pourquoi : un délai précis donne une date de référence si la provision n'est pas versée.

Vigilance : vérifiez que les coordonnées indiquées sont bien celles du compte sur lequel le cabinet encaisse ses honoraires.

Bloc 5 : l'imputation et le sort du solde

Contenu : Cette provision sera déduite de ma note d'honoraires. Le compte détaillé vous sera remis avant tout règlement définitif, et toute somme non utilisée vous sera restituée.

Pourquoi : le client sait dès le départ ce que deviendra son versement.

Vigilance : cet engagement de restitution doit ensuite être tenu, dossier clos ou mission interrompue.

Bloc 6 : le défaut de paiement

Contenu : À défaut de versement, je pourrai être conduit à ne pas poursuivre ma mission, dans le respect de mes obligations déontologiques. Je vous en informerais alors en temps utile.

Pourquoi : le client connaît la conséquence possible d'un défaut de paiement, conformément à l'article 11.6 du RIN.

Vigilance : la formule informe, elle ne menace pas. Le ton doit rester celui d'un rappel de règle.

Le modèle complet, à adapter

``` [NOM DE L'AVOCAT OU DE LA SOCIÉTÉ D'AVOCATS] Avocat au barreau de [ville] [Adresse]

[Nom ou dénomination du client] [Adresse]

[Ville], le [date]

Objet : demande de provision n° [numéro] Dossier : [référence interne neutre]

[Formule d'appel],

Conformément à la convention d'honoraires signée le [date], je vous remercie de bien vouloir verser une provision à valoir sur mes frais et honoraires.

Montant : [montant] € HT, soit [montant] € TTC. Phase couverte : [description générique de la phase]. Estimation : [nombre] heures au taux de [taux] € HT. Débours prévisibles : [nature générique] : [montant] €.

Règlement attendu avant le [date], par [mode de paiement]. Coordonnées bancaires : [RIB du compte professionnel].

Cette provision sera déduite de ma note d'honoraires. Le compte détaillé vous sera remis avant tout règlement définitif, et toute somme non utilisée vous sera restituée.

À défaut de versement, je pourrai être conduit à ne pas poursuivre ma mission, dans le respect de mes obligations déontologiques. Je vous en informerais alors en temps utile.

[Formule de politesse] [Signature] ```

La facture d'acompte pour le client professionnel

Lorsque le client est une société ou un professionnel, la provision encaissée donne lieu à une facture d'acompte. Celle-ci suit la numérotation continue du cabinet et porte les mentions obligatoires. Leur liste complète figure dans notre modèle commenté de note d'honoraires.

Les moyens de paiement admis

L'article 11.5 du RIN prévoit que les honoraires sont payés dans les conditions prévues par la loi et les règlements. Il cite notamment les espèces, le chèque, le virement, le billet à ordre et la carte bancaire. Ces modes valent pour le règlement des honoraires, auxquels la provision est destinée.

En pratique, le virement laisse la trace la plus simple à rapprocher. Il porte une date d'encaissement certaine, qui comptera pour la TVA et pour la comptabilité.

Comptabiliser la provision au cabinet

Une provision encaissée n'est pas une somme « en attente ». Fiscalement, elle produit ses effets dès le jour où elle arrive sur le compte du cabinet.

Une recette imposable dès son encaissement

Pour l'avocat imposé dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, la doctrine fiscale est claire. Selon le BOFiP (BOI-BNC-BASE-20-20), les provisions et les avances sur des prestations futures font partie des recettes imposables.

Le cabinet qui tient une comptabilité de caisse les rattache donc à l'année de leur encaissement. Une provision reçue en décembre compte dans les recettes de cette année-là, même si le travail est réalisé l'année suivante. L'option pour la comptabilité d'engagement, prévue à l'article 93 A du Code général des impôts, modifie ce rattachement.

Pour la TVA, le BOFiP (BOI-TVA-BASE-20-20, § 210) considère les provisions comme des acomptes, soumis à la taxe dès leur encaissement : taux, franchise et débours sont détaillés dans notre guide sur la TVA de l'avocat.

Séparer la provision, les débours et les fonds de tiers

Trois catégories de sommes peuvent être reçues pour un même dossier. Elles ne se traitent pas de la même façon.

  • La provision sur honoraires : c'est une recette du cabinet, imposable dès son encaissement en comptabilité de caisse.
  • Les sommes destinées aux débours : selon le BOFiP, les débours payés pour le compte du client se déduisent des recettes.
  • Les fonds de tiers : le BOFiP cite l'exemple d'indemnités de séquestre consignées chez un avocat, qui ne sont pas des recettes. Le RIN impose de déposer ces fonds sans délai à la CARPA (articles 6.2 et 6.3.2).

Le critère du débours, rappelé par le BOFiP, est simple : en cas de non-paiement, c'est le client qui est poursuivi, et non l'avocat. Les droits de plaidoirie en sont un exemple cité par la doctrine.

Tenir le compte de chaque dossier

L'article 11.7 du RIN impose une comptabilité précise et distincte, par dossier, des honoraires et de toute somme reçue. Elle retrace aussi l'affectation donnée à ces sommes. Seul le forfait global échappe à cette règle.

Ce qui pose le plus de difficultés en pratique, c'est le cabinet de plusieurs associés. Les provisions arrivent sur un compte commun, parfois avec un libellé de virement incomplet. Faute d'être rattachées au bon dossier le jour même, elles se retrouvent plusieurs mois plus tard sans destination claire. La note finale en souffre, et la restitution éventuelle oblige à reprendre les relevés bancaires un par un.

Imputer la provision et restituer le solde

À la fin de la mission, ou à chaque facture intermédiaire, la provision rejoint le compte détaillé. Elle se déduit des honoraires dus, et le solde se règle dans un sens ou dans l'autre.

Le compte détaillé avant tout règlement définitif

L'article 12 du code de déontologie et l'article 11.7 du RIN imposent la remise d'un compte détaillé avant tout règlement définitif. Ce compte fait ressortir distinctement les frais et déboursés, les émoluments tarifés et les honoraires. Il porte mention des sommes reçues à titre de provision.

Le même compte doit être délivré à la demande du client ou du bâtonnier. Il l'est aussi lorsque le juge saisi d'une contestation d'honoraires le requiert. Tenu au fil du dossier, il se produit en quelques minutes.

Lorsque la provision dépasse les honoraires dus

La provision n'est acquise qu'à hauteur des honoraires et débours effectivement dus. Le surplus revient au client. Le restituer spontanément, avec le compte détaillé, ferme le dossier proprement.

Les demandes de remboursement occupent une large place dans les litiges d'honoraires. D'après le rapport d'activité 2025 du médiateur de la consommation (Conseil national des barreaux), 155 des 320 saisines recevables portaient sur un remboursement d'honoraires. Le rapport cite expressément la provision qui n'apparaît pas entièrement consommée parmi les situations visées. Ces chiffres ne concernent que les clients particuliers, seuls à pouvoir saisir ce médiateur.

Source : Conseil national des barreaux, rapport d'activité 2025 du médiateur de la consommation

Lorsque la mission s'interrompt en cours de route

Le dessaisissement ne prive pas l'avocat de sa rémunération. Selon l'article 11.2 du RIN, l'avocat peut demander des honoraires même si le dossier lui est retiré avant sa conclusion. Il le peut dans la mesure du travail accompli.

Il ne donne pas non plus droit, automatiquement, au remboursement de toute la provision. Celle-ci s'impute sur les diligences effectuées, et seul l'excédent revient au client.

Prenons un divorce facturé au forfait, avec une provision correspondant à la moitié du forfait. Le client change d'avocat après quelques semaines et réclame la totalité de son versement. Si la convention ne prévoit aucun taux horaire, le cabinet peine à chiffrer le travail accompli. Le forfait, conçu pour la mission entière, ne dit rien d'une mission interrompue.

Ce scénario est fréquent. D'après le même rapport 2025 du médiateur (Conseil national des barreaux), 44 saisines concernaient un dessaisissement de l'avocat. Le remboursement de la provision versée figurait parmi les questions soulevées. La médiatrice recommande d'indiquer le taux horaire dans la convention, même lorsqu'un forfait a été retenu.

Source : Conseil national des barreaux, rapport d'activité 2025 du médiateur de la consommation

En cas de désaccord sur le solde

Un désaccord sur le montant à conserver ou à restituer relève de la procédure de contestation des honoraires. Les articles 174 et suivants du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 confient ces litiges au bâtonnier. Celui-ci statue dans un délai de quatre mois, prorogeable dans la limite de quatre mois par décision motivée.

Le client particulier peut aussi saisir gratuitement le médiateur de la consommation. Ce recours est facultatif, mais il doit intervenir avant toute saisine du bâtonnier. Les montants en jeu sont souvent modestes au regard du temps qu'une procédure mobilise : d'après le même rapport 2025, la prétention moyenne des clients atteignait 2 039,91 € TTC dans les saisines recevables.

Que faire si le client ne verse pas la provision ?

L'avocat peut renoncer à s'occuper de l'affaire ou s'en retirer, selon l'article 11.6 du RIN. Il fournit alors à son client toute information nécessaire à cet effet. Mieux vaut acter cette décision par écrit, et jamais en silence.

Renoncer avant d'avoir commencé

Lorsque la provision initiale n'est pas versée, la situation est la plus simple. Aucune diligence de fond n'a encore été accomplie, ou très peu. L'avocat peut décliner le dossier, en le confirmant par écrit au client.

Ce courrier rappelle la demande restée sans suite et précise que l'avocat ne poursuivra pas. S'il existe un délai de procédure ou de prescription connu, il le signale au client pour qu'il puisse s'organiser.

Se retirer en cours de dossier

En cours de mission, la décision demande plus de précautions. Selon l'article 13 du code de déontologie, l'avocat conduit l'affaire jusqu'à son terme. Deux exceptions : son client l'en décharge, ou il décide de ne pas poursuivre sa mission. Prévenir le client assez tôt lui laisse le temps de confier le dossier à un confrère.

Lorsque la représentation est obligatoire, l'article 419 du Code de procédure civile ajoute une règle. L'avocat ne peut se décharger de son mandat de représentation que du jour où il est remplacé. La Cour de cassation l'a rappelé le 23 novembre 2023. Le retrait suppose donc d'anticiper le calendrier de la procédure.

Les diligences déjà accomplies restent dues, dans la mesure du travail réalisé. L'avocat qui se retire faute de provision conserve donc son droit aux honoraires correspondants.

Ne pas suspendre le dossier sans prévenir

Le réflexe le plus risqué consiste à cesser de travailler sans rien dire, en attendant le paiement. Le client pense son dossier suivi, alors qu'il ne l'est plus. Un délai expire, et la difficulté de trésorerie se transforme en mise en cause de l'avocat.

La règle déontologique offre une voie claire : relancer, prévenir, puis renoncer ou se retirer par écrit. Chaque étape laisse une trace datée.

Éviter les erreurs et organiser le suivi des provisions

Les règles applicables aux provisions sont peu nombreuses. Les difficultés naissent surtout de leur application, dossier après dossier, mois après mois.

Trois erreurs fréquentes

Encaisser tout le forfait sans prévoir l'interruption

Demander l'intégralité d'un forfait dès le premier rendez-vous paraît sécurisant. Le forfait convenu reste une estimation raisonnable. Le risque est ailleurs : si le client change d'avocat après quelques semaines, le cabinet devra justifier chaque euro conservé.

Deux précautions suffisent. Prévoir un taux horaire dans la convention, comme le recommande la médiatrice de la consommation. Et fractionner les provisions aux étapes clés, pour que le client paie à mesure que le dossier avance.

Laisser la provision s'épuiser sans le dire

La provision est consommée au fil des heures. Le client, lui, ne le voit pas. Il découvre le dépassement à la note finale, sans avoir été prévenu.

C'est l'une des sources les plus fréquentes de contestation. D'après le rapport 2025 du médiateur (Conseil national des barreaux), 69 saisines portaient sur une demande de précisions sur les diligences. La médiatrice recommande d'émettre des factures régulières tout au long de la procédure, en rappelant l'article 11.7 du RIN. Une facture intermédiaire qui mentionne la provision consommée répond directement à cette attente.

Source : Conseil national des barreaux, rapport d'activité 2025 du médiateur de la consommation

Traiter la provision comme une somme encore étrangère au cabinet

Une erreur plus discrète concerne la fiscalité. Certains cabinets considèrent la provision comme une somme « en dépôt » tant que la note finale n'est pas émise.

Ce qui pose problème en fin d'année, c'est la provision encaissée en décembre pour un dossier traité au printemps suivant. Elle n'apparaît dans aucune recette de l'année, alors que la doctrine fiscale la range parmi les recettes dès son encaissement. L'écart se découvre au moment de la déclaration, ou lors d'un contrôle.

Trois méthodes applicables dès demain

Une provision par dossier et par phase

Chaque provision se rattache à un dossier unique et à une phase identifiée. La demande, l'encaissement et la facture d'acompte portent la même référence. Le rapprochement devient mécanique, et l'article 11.7 du RIN est respecté sans effort supplémentaire.

Un état « reçu, consommé, solde » à chaque facture

À chaque facture intermédiaire, ajoutez trois lignes : provision reçue, montant consommé, solde disponible. Le client suit l'évolution de son dossier. Le cabinet sait, à tout moment, ce qu'il pourra conserver ou devra restituer.

Un seuil d'alerte pour la provision complémentaire

Fixez un seuil, par exemple lorsque la provision est consommée aux trois quarts. À ce stade, le client reçoit un point d'étape et, si nécessaire, une demande de provision complémentaire. Ce seuil relève de la bonne pratique, et non d'une obligation : son intérêt est d'éviter que le cabinet travaille à découvert sans le savoir.

Pour un éditeur présent auprès des cabinets depuis 2006, le constat est rarement juridique. La règle de la provision est connue. Ce qui manque, le plus souvent, c'est une vue immédiate de ce qui reste de la provision de chaque dossier.

L'apport du logiciel

Dans zLawyer, la facturation au temps passé, au forfait et par provisions est prise en charge. Le suivi du reste à facturer par dossier montre ce qui a été travaillé sans avoir encore été facturé. Les temps saisis sur le dossier deviennent des lignes de facture, sans ressaisie. Les factures à relancer remontent automatiquement sur le tableau de bord. Le fonctionnement détaillé est présenté sur la page consacrée à un logiciel de facturation conçu pour les avocats.

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Une provision bien suivie protège le dossier autant que la trésorerie

La provision sur honoraires repose sur un texte court et sur trois réflexes. Le premier : demander un montant qui correspond à une estimation raisonnable, phase par phase. Le deuxième : traiter la provision comme une recette dès son encaissement, rattachée au bon dossier. Le troisième : l'imputer au compte détaillé, puis restituer sans attendre ce qui n'a pas servi.

Bien utilisée, elle sécurise le cabinet sans inquiéter le client. Elle donne au contraire au client une vision claire du coût de son dossier, à chaque étape. Son montant découle directement du mode de rémunération retenu : notre guide pour fixer ses honoraires au taux horaire ou au forfait détaille cette étape préalable.

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Dernière mise à jour : 10 octobre 2026. Ce contenu est fourni à titre d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal. Pour une situation particulière, rapprochez-vous de votre ordre, de votre expert-comptable ou d'un confrère spécialisé.

Sources

Vos questions les plus fréquentes sur la provision sur honoraires d'avocat

Peut-on demander une provision à l'aide juridictionnelle ?

Pas en cas d'aide juridictionnelle totale. L'article 32 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 rend la contribution de l'État exclusive de toute autre rémunération. La Cour de cassation l'a rappelé le 20 juin 2024 (Cass. 2e civ., n° 22-18.464, commenté par la Gazette du Palais). Toute stipulation contraire est réputée non écrite. En aide juridictionnelle partielle, un honoraire complémentaire peut être convenu par écrit. Les étapes sont détaillées dans notre guide sur la facturation de l'aide juridictionnelle.

Le client peut-il saisir le médiateur pour récupérer une provision ?

Oui, s'il est un particulier agissant hors de son activité professionnelle. Le médiateur de la consommation de la profession d'avocat est compétent pour une demande de remboursement, notamment d'une provision non entièrement consommée. Le client doit d'abord avoir adressé une réclamation écrite à l'avocat. L'avocat reste libre d'accepter ou de refuser la médiation. Le dispositif est gratuit pour le client, et ne remplace pas la saisine du bâtonnier.

Une même provision peut-elle servir à plusieurs dossiers ?

C'est à éviter. L'article 11.7 du RIN impose une comptabilité distincte par dossier, avec l'affectation donnée à chaque somme reçue. Transférer une provision d'un dossier à un autre brouille ce compte et le futur compte détaillé. Si un client confie plusieurs affaires, demandez une provision par dossier. Si un transfert devient nécessaire, obtenez au préalable l'accord écrit du client et conservez-le au dossier.

Une demande de provision par courriel suffit-elle ?

Le RIN n'impose aucune forme particulière pour demander une provision. Un courriel daté peut donc suffire, à condition d'être précis : montant hors taxes et toutes taxes comprises, phase couverte, délai de règlement. Conservez-le au dossier avec la preuve de l'encaissement. Pour un client professionnel, la provision encaissée appelle en plus une facture d'acompte. C'est elle qui porte les mentions fiscales.

Peut-on encaisser une provision avant de signer la convention ?

Mieux vaut l'éviter. La convention d'honoraires écrite est obligatoire, sauf exceptions limitées comme l'urgence ou l'aide juridictionnelle totale. Encaisser une provision avant sa signature fragilise le cabinet si le client conteste. Les honoraires seraient alors fixés selon les critères d'usage, et non selon l'accord prévu. La pratique la plus sûre consiste à joindre la première demande de provision à la convention signée.

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Frédéric Courquin

À propos de Frédéric Courquin

Fondateur

Fondateur de zLawyer et expert des solutions logicielles et de facturation dédiées aux cabinets d’avocats.